
TOCQUET Robert, Le bilan du surnaturel, 1963, pp.166-180
Cette extraordinaire hantise, dont je dois le récit à Madame V. qui a bien voulu me confier ses notes écrites, au jour le jour, à mesure que se déroulaient les phénomènes, et qui, sur mes suggestions, tenta quelques courageuses expériences, a eu pour théâtre une grande maison du XVIIe siècle, « Le Prieuré », à Souvigny, qui était autrefois le domicile du prieur de Souvigny, chef d'une communauté religieuse expropriée à la Révolution.
Mme V. ayant, avec ses deux fils (âgés respectivement de 20 et 30 ans, et que je désignerai, comme le fait leur mère, par leurs prénoms Jean et Gaston), emménagé en cette sorte de gentilhommière le 6 juillet 1955, quatre jours après, un fantôme lui apparut dans sa chambre à coucher qui avait été celle du Prieur.
« Que s'est-il passé, écrit-elle, depuis cette nuit du 10 juillet 1955, où, pour la première fois, j'ai vu se glisser dans ma chambre une ombre floue, formée de brouillard opaque, derrière laquelle il semblait y avoir une lumière ?
Cette ombre, de forme humaine, portait une longue robe et une pèlerine et avait la tête recouverte d'un capuchon. L'ombre s'est avancée lentement vers moi. Saisie de frayeur, je me suis assise sur mon lit, le dos collé au mur, la gorge sèche. J'étais glacée, et, cependant, je suais. J'ai voulu me lever, appeler, mais aucun son n'est sorti de ma gorge : une terreur indescriptible me tenait clouée là où j'étais.
L'ombre s'est avancée jusque devant la cheminée puis s'est agenouillée et j'ai alors entendu le bruit de ses genoux rencontrant le parquet. Elle s'est prosternée trois fois, les mains jointes, dans un geste d'imploration. Après être restée longtemps agenouillée, elle s'est prosternée de nouveau trois fois, s'est relevée lentement et s'est dirigée vers la porte donnant sur un petit cabinet qui se trouve au pied d'une alcôve. Quelques secondes ont passé puis j'ai entendu nettement comme la chute d'un corps sur le carrelage du cabinet.
Mon trouble était indescriptible, mon cur battait à se rompre, tout mon sang affluait à mes tempes. Mais, heureusement, le jour finit par se lever, ce qui me permit de descendre dans le parc : tout était si calme par ce radieux matin d'été que je me suis alors demandé si je n'avais pas rêvé, si je n'avais pas été le jouet d'un cauchemar ou d'une hallucination. ».......
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