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CLIN D'OEIL

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Mercredi 13 juillet 2005

 

 

le 26 juillet 1864, par une forte brise du nord-est,
un magnifique yacht évoluait à toute vapeur sur les
flots du canal du nord. Le pavillon d' Angleterre
battait à sa corne d' artimon ; à l' extrémité du
grand mât, un guidon bleu portait les initiales
E G, brodées en or et surmontées d' une couronne
ducale. Ce yacht se nommait le Duncan ; il
appartenait à lord Glenarvan, l' un des seize pairs
écossais qui siègent à la chambre haute, et le
membre le plus distingué du " royal-thames-yacht-club " ,
si célèbre dans tout le royaume-uni.
Lord Edward Glenarvan se trouvait à bord avec sa
jeune femme, lady Helena, et l' un de ses cousins,
le major Mac Nabbs.
Le Duncan, nouvellement construit, était venu
faire ses essais à quelques milles au dehors du
golfe de la Clyde, et cherchait à rentrer à
Glasgow ; déjà l' île d' Arran se relevait à
l' horizon, quand le matelot de vigie signala un
énorme poisson qui s' ébattait dans le sillage du
yacht.

page 6

Le capitaine John Mangles fit aussitôt prévenir
lord Edward de cette rencontre. Celui-ci monta sur
la dunette avec le major Mac Nabbs, et demanda au
capitaine ce qu' il pensait de cet animal.
" vraiment, votre honneur, répondit John Mangles,
je pense que c' est un requin d' une belle taille.
-un requin dans ces parages ! S' écria Glenarvan.
-cela n' est pas douteux, reprit le capitaine ; ce
poisson appartient à une espèce de requins qui se
rencontre dans toutes les mers et sous toutes les
latitudes. C' est le " balance-fish " , et je me trompe
fort, ou nous avons affaire à l' un de ces
coquins-là ! Si votre honneur y consent, et pour peu
qu' il plaise à lady Glenarvan d' assister à une
pêche curieuse, nous saurons bientôt à quoi nous
en tenir.
-qu' en pensez-vous, Mac Nabbs ? Dit lord
Glenarvan au major ; êtes-vous d' avis de tenter
l' aventure ?
-je suis de l' avis qu' il vous plaira, répondit
tranquillement le major.
-d' ailleurs, reprit John Mangles, on ne saurait
trop exterminer ces terribles bêtes. Profitons de
l' occasion, et, s' il plaît à votre honneur, ce sera
à la fois un émouvant spectacle et une bonne
action.
-faites, John, " dit lord Glenarvan.
Puis il envoya prévenir lady Helena, qui le
rejoignit sur la dunette, fort tentée vraiment par
cette pêche émouvante.
La mer était magnifique ; on pouvait facilement
suivre à sa surface les rapides évolutions du squale,
qui plongeait ou s' élançait avec une surprenante
vigueur. John Mangles donna ses ordres. Les
matelots jetèrent par-dessus les bastingages de
tribord une forte corde,

page 7

munie d' un émerillon amorcé avec un épais morceau de
lard. Le requin, bien qu' il fût encore à une distance
de cinquante yards, sentit l' appât offert à sa
voracité. Il se rapprocha rapidement du yacht. On
voyait ses nageoires, grises à leur extrémité, noires
à leur base, battre les flots avec violence, tandis
que son appendice caudal le maintenait dans une ligne
rigoureusement droite. à mesure qu' il s' avançait, ses
gros yeux saillants apparaissaient, enflammés par la
convoitise, et ses mâchoires béantes, lorsqu' il se
retournait, découvraient une quadruple rangée de
dents. Sa tête était large et disposée comme un
double marteau au bout d' un manche. John Mangles
n' avait pu s' y tromper ; c' était là le plus vorace
échantillon de la famille des squales, le
poisson-balance des anglais, le poisson-juif des
provençaux.
Les passagers et les marins du Duncan
suivaient avec une vive attention les mouvements du
requin. Bientôt l' animal fut à portée de l' émerillon ;
il se retourna sur le dos pour le mieux saisir, et
l' énorme amorce disparut dans son vaste gosier.
Aussitôt il " se ferra " lui-même en donnant une
violente secousse au câble, et les matelots halèrent
le monstrueux squale au moyen d' un palan frappé à
l' extrémité de la grande vergue. Le requin se
débattit violemment, en se voyant arracher de son
élément naturel. Mais on eut raison de sa violence.
Une corde munie d' un noeud coulant le saisit par la
queue et paralysa ses mouvements. Quelques instants
après, il était enlevé au-dessus des bastingages et
précipité sur le pont du yacht. Aussitôt, un des
marins s' approcha de lui, non sans précaution, et,
d' un coup de hache porté avec vigueur, il trancha la
formidable queue de l' animal.
La pêche était terminée ; il n' y avait plus rien à
craindre de la part du monstre ; la vengeance des
marins se trouvait satisfaite, mais non leur
curiosité. En effet, il est d' usage à bord de tout
navire de visiter soigneusement l' estomac du requin.
Les matelots connaissent sa

page 8

voracité peu délicate, s' attendent à quelque
surprise, et leur attente n' est pas toujours
trompée.
Lady Glenarvan ne voulut pas assister à cette
répugnante " exploration " , et elle rentra dans la
dunette. Le requin haletait encore ; il avait dix
pieds de long et pesait plus de six cents livres.
Cette dimension et ce poids n' ont rien
d' extraordinaire ; mais si le balance-fish n' est
pas classé parmi les géants de l' espèce, du moins
compte-t-il au nombre des plus redoutables.
Bientôt l' énorme poisson fut éventré à coups de
hache, et sans plus de cérémonies. L' émerillon avait
pénétré jusque dans l' estomac, qui se trouva
absolument vide ; évidemment l' animal jeûnait depuis
longtemps, et les marins désappointés allaient en
jeter les débris à la mer, quand l' attention du
maître d' équipage fut attirée par un objet grossier,
solidement engagé dans l' un des viscères.
" eh ! Qu' est-ce que cela ? S' écria-t-il.
-cela, répondit un des matelots, c' est un morceau
de roc que la bête aura avalé pour se lester.
-bon ! Reprit un autre, c' est bel et bien un
boulet ramé que ce coquin-là a reçu dans le ventre,
et qu' il n' a pas encore pu digérer.
-taisez-vous donc, vous autres, répliqua Tom
Austin, le second du yacht, ne voyez-vous pas que
cet animal était un ivrogne fieffé, et que pour n' en
rien perdre il a bu non seulement le vin, mais encore
la bouteille ?
-quoi ! S' écria lord Glenarvan, c' est une bouteille
que ce requin a dans l' estomac !
-une véritable bouteille, répondit le maître
d' équipage. Mais on voit bien qu' elle ne sort pas
de la cave.
-eh bien, Tom, reprit lord Edward, retirez-la
avec précaution ; les bouteilles trouvées en mer
renferment souvent des documents précieux.
-vous croyez ? Dit le major Mac Nabbs.
-je crois, du moins, que cela peut arriver.

extraits:
Les enfants du Capitaine Grant

 JULES VERNE

par barberok publié dans : VOYAGES
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Commentaires

Mais? Y avait-il un message dans cette bouteille?
Dur de rester sur sa faim!
commentaire n° : 1 posté par : moyra (site web) le: 13/07/2005 20:42:50
Coucou Paco !
Sais-tu si over-blog va proposer le suivi des commentaires en RSS ? Je ne retrouve plus mon dernier comm pour savoir si tu m'as répondu... Et comme je ne peux pas passer tous les jours en ce moment, je suis complètement larguée...

Bises ensoleillées from Paris ;-)
commentaire n° : 2 posté par : Ysarda (site web) le: 17/07/2005 14:44:18

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